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Éducation culturelle : que sont les résidences d’artistes ?

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« Utilisons cette période où l’école rouvre différemment pour faire une révolution de l’accès à la culture », a déclaré Emmanuel Macron début mai, invitant les artistes à venir dans les établissements scolaires.

Qu’un chorégraphe, un peintre, un photographe ou un écrivain franchisse le seuil d’une école pour nouer un dialogue avec les élèves, est-ce pour autant une innovation ? Au-delà de rencontres ponctuelles que les enseignants peuvent organiser lors de festivals, classes de découverte ou autre, il existe d’ores et déjà un terrain où se rencontrent l’école et la culture en train de se faire : les « résidences d’artistes en milieu scolaire », dont une charte a renforcée en 2010 la dimension pédagogique.

Depuis que le dessin, en 1909, est devenu obligatoire, et que le chant, en 1923, s’est introduit dans les épreuves du certificat d’études, le rapport à l’art à l’école a considérablement évolué. Aujourd’hui, le socle commun de compétences et de connaissances et de culture, institué en 2015, est ambitieux et introduit une dimension sensible dans la découverte des œuvres d’art.

Ces actions ne peuvent se faire qu’à travers un dispositif mené par les directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les rectorats pour une élaboration conjointe. Elles impliquent l’ensemble des acteurs de la communauté éducative, dont les familles, et s’appuient sur les ressources du territoire – cinémas, centres culturels, médiathèques, théâtres…

Quoi de plus exceptionnel que de traverser une œuvre artistique en présence de son auteur ? Exceptionnel par les formes prises, exceptionnel par l’ampleur du nombre d’élèves concernés, exceptionnel par l’impact que la rencontre, tant avec un artiste qu’avec son œuvre, peut avoir. C’est ce que proposent les résidences d’artiste.

Processus de création

La typologie, aujourd’hui encore reconnue distingue :

  • les résidences de création ou d’expérimentation, conçues autour de la conception d’une œuvre),

  • les résidences de diffusion, dans une stratégie de développement local, selon deux axes : diffusion et actions de sensibilisation ;

  • la résidence-association, d’une durée de 2 à 3 ans, qui propose un travail régulier de l’artiste avec différents publics et aboutit la plupart du temps à des restitutions publiques dans lesquelles les élèves et ou participants sont partie prenante.

Ces résidences permettent la rencontre des œuvres d’un point de vue sensoriel et perceptif, la réflexion autour des œuvres notamment pour la compréhension du processus de création et la sensibilité de l’artiste et enfin la production d’œuvres en présence d’un créateur. Celle-ci est plus exigeante : elle participe d’une réelle aventure artistique par la découverte du processus de création mis en jeu par l’artiste.

En résidence en milieu scolaire, l’artiste est tenu de consacrer 70 % de son temps à la réalisation de la création et 30 % aux actions de sensibilisation, autrement dit aux rencontres avec divers publics. La circulaire de 2016 du ministère de la Culture revient sur un paramètre essentiel : le projet de la résidence doit rester le fruit d’une conception de l’artiste. Celui-ci ne doit pas être instrumentalisé : il doit pouvoir diffuser un processus de création dans un dispositif de partenariat plus large.

L’artiste propose donc un procédé de création qui peut conduire les enfants à devenir auteurs, individuellement ou collectivement, de leur propre projet. Mais il n’a pas à se mettre à la place de l’enseignant, qui reste le responsable pédagogique du cadre de ces interventions.

Pensées sur le long terme, les résidences permettent de travailler avec des élèves de façon régulière et de leur offrir une réelle rencontre avec la matière artistique. Un processus de création nécessite au moins 8 à 10 séances de pratique pour être efficient.

« Création en cours », vidéo de l’académie de Créteil (2018).

Se trouver en condition de création, se mettre dans la situation d’un artiste face à la matière, la pétrir, la mettre en œuvre, opérer des choix et des modifications, accepter de la donner à voir, comprendre la critique, ajouter du sens, rendre lisible ses choix… voilà qui constitue une expérience unique, une nouvelle aventure, pour les élèves. Quand ils sont au lycée, cela peut même les aider à mûrir des projets professionnels. Toutefois, sans idéaliser ou dévaloriser le processus, notons qu’il reste difficile de quantifier ou d’analyser objectivement les comportements comme effets directs de la production artistique sur l’individu.

Ces difficultés d’analyses des apports pour les élèves sont aussi liées à la diversité des situations et à l’amplitude des domaines artistiques concernés qui, aujourd’hui plus que jamais, peuvent aussi s’inscrire dans des processus transdisciplinaires et transversaux.

Une évolution exponentielle

Les résidences ont commencé à se développer dès 1983 en faveur de l’Éducation artistique et culturelle (EAC). Les premières se mettent en place en 1985 en appui sur la convention pour « le développement de l’action culturelle en milieu scolaire d’Ile-de-France », signée le 25 septembre 1985. Elle pose le principe de 6 implantations d’une durée d’un an d’artistes-plasticiens résidants en milieu scolaire (Collèges, LEP, Lycées techniques).

Le programme « Entrez les artistes » porté par l’association « Savoirs au présent » élargira finalement le dispositif à toute forme d’art. Les résidences concernent aujourd’hui aussi bien l’architecture, les arts appliqués, le cinéma et de l’audiovisuel que la danse, les arts du cirque, les arts numériques, la lecture que l’écriture…

Des formes spécifiques d’organisation se créent en fonction des diversités territoriales. Dans la région du Grand Est de l’Académie de Strasbourg, par exemple, un groupement d’intérêt public pour « la création culturelle en milieu scolaire d’Alsace » réunit les principaux acteurs et mécènes afin de permettre à tous les enfants scolarisés de la maternelle au lycée un accès à la culture en temps scolaire. Elle se traduit donc par un projet de développement économique, éducatif et artistique innovant.

Autre exemple, le Rectorat de l’Académie de Dijon et la Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne Franche-Comté ont développé avec le Conseil Régional et la Société d’Encouragement aux Métiers d’Art (SEMA aujourd’hui nommée Institut National des Métiers d’Art ou INMA) le label « Excellence des métiers d’art ». Le dispositif associe un artiste et des élèves de l’établissement labellisé pour la création d’une œuvre dans les domaines de l’art, de l’artisanat et du design.

Les temps d’ouverture aux publics (portes ouvertes, salons, restitutions) permettent plusieurs manifestations culturelles et contribuent à l’insertion professionnelle des élèves ainsi qu’au rayonnement des établissements reconnus alors comme pôle ressource sur le territoire.

En Île-de-France, le collectif VIDDA (Vidéo, images, danses, documentaires en atelier) a proposé en 2019 et 2020 une résidence territoriale artistique et culturelle en milieu scolaire en privilégiant des formes interdisciplinaires. Les artistes associés ou invités privilégient les projets in situ.

Le projet intitulé « Parcours cinéchorégraphique des souvenirs dansés » est décliné en « Parcours II » dans la ville de Saint-Denis. Les artistes, présents de façon itinérante, favorisent le lien intergénérationnel autour des danses « d’ici où d’ailleurs ». Ils diffusant parallèlement, les créations au répertoire du collectif.

Ces ateliers trouvent une prolongation avec le festival des rencontres chorégraphiques internationales de Seine-Saint-Denis qui promeut la danse contemporaine. Le dispositif VIDDA a abouti à la participation de 152 personnes (300 ont été touchés lors des restitutions) dont 75 élèves des écoles primaires, 12 élèves d’une classe de 6e en SEGPA (signification), 15 adultes et retraités, 15 adolescents issus d’une maison de quartier, 10 duos parents-enfants d’un centre de loisirs et 15 élèves de l’école municipale d’Arts plastiques. Il faut discuter le nombre et indiquer que s’il est modeste, il vise la sensibilisation…

La résidence artistique en milieu scolaire offre un nouveau format d’intelligence collective. C’est un outil en pleine expansion ; des enjeux plus larges naissent notamment de la transversalité des projets, de l’interdisciplinarité des formes artistiques, de l’inclusion des outils numériques ou de la mobilité internationale. Les résidences d’artistes en milieu scolaire contribuent ainsi à construire un jugement esthétique, à rendre sensible la perception des œuvres pour les élèves, à parfaire les connaissances de l’enseignement de l’histoire de l’art, tout en ouvrant à l’imaginaire et au sens artistique.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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